mercredi 3 juin 2009

E ARIOI VAHINE, bonus : rencontre avec Virginie Tetoofa et Tea Aunoa

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Tea et Virginie (photo LOLO, THT)

La réalisatrice de E ARIOI VAHINE, Virginie Tetoofa, et l'une de ses productrices associées, Tea Aunoa (que l'on connait aussi pour présenter CINE NUI sur TNTV en duplex avec Ramzy Malouki) m'ont fait le plaisir de m'accorder un moment pour discuter de leur film, de sa sélection au SHORTFEST, festival international du court-métrage de Palm Springs le mois prochain, de leurs projets nombreux et de culture polynésienne.
Tout d'abord, en réponse aux lecteurs qui m'ont demandé où, quand, et comment voir ce film, il faut savoir que E ARIOI VAHINE, malgré sa qualité très professionnelle (16 mm, format scope 2.35) est un travail d'études de Virginie dans le cadre de son cursus au Victorian College of the Arts où elle étudiait en Australie, et que, par conséquent, les droits de ce film appartiennent à ce collège. Celui-ci n'existe donc pas dans le commerce en DVD, ne peut pas être diffusé en première partie des films dans les salles de ciné locales, ne peut pas être transféré en ligne sur YOUTUBE, et ne peut pas être dupliqué.
Il faudra donc s'armer de patience et guetter les diffusions sur TNTV que Tea me signalera dès qu'elles seront connues et que j'annoncerai dans le THT.
Par contre le College se désiste des droits pour des diffusions dans des festivals agréés par l'école.
Mais nous y reviendrons...
Ces deux charmantes demoiselles sont des copines d'école depuis des années et on les sent extrêmement complices. D'ordinaire elles sont trois, mais Tareparepa Teinauri, la troisième mousquetaire, est une jeune maman qui avait des obligations avec son bébé.
Difficile de croire que d'aussi jeunes femmes sont des copines de vingt ans mais pourtant si.
Leur parcours bifurque lorsque Virginie part étudier en Australie et Tea démarre localement dans l'audio-visuel.
Avec une grande générosité et une passion omniprésente, elles me parlent de l'aventure de ce court-métrage, de toute la recherche historique pour les préparatifs, avec un soin méticuleux pour respecter la réalité des traditions ancestrales qui allaient être montrées. Malgré ce soin documentaliste d'historien, elles auront quand même essuyé des reproches à la projection du film au FIFO par un "garant" de la culture locale (dont on ne citera pas le nom pour ne pas polémiquer), qui les a interpellé sur le fait de parler de cette tradition ancestrale comme si quelqu'un pouvait en avoir le monopole, et aussi sur des points de détails ridicules, oubliant qu'il s'agissait d'une oeuvre de fiction et non d'un documentaire, et oubliant également que, comme le disait André Malraux, la culture ne s'hérite pas, elle se conquiert.

Tournage de E ARIOI VAHINE
(photo Marie-Hélène Villierme)

Ces jeunes artistes se heurtent ainsi à la réaction de la critique, et au fait qu'inévitablement, quoiqu'elle entreprendront, il y aura toujours une voix pour exprimer un mécontentement quelconque.
E ARIOI VAHINE est justement un produit fini, un hommage à la culture polynésienne mais sans la moindre concession, puisque le sujet (un infanticide) est très puissant et peut en effet paraître choquant. C'est une vision de sa réalisatrice qui est magnifiquement construit et dont la démarche n'appelle justement selon moi aucune polémique. J'y vois même personnellement une sorte de réponse en quinze minutes des grands discours moralisateurs que l'on entend parfois sur la culture polynésienne qui se perd. Ce film, s'il n'est pas LA réponse, est malgré tout une merveilleuse réponse.
Mais rien n'entaillera leur volonté de défendre leur film ni la niaque de leurs nombreux futurs projets : Tea a un projet de film dont Virginie sera productrice (donc le shéma inverse de E ARIOI VAHINE) et les trois copines ont aussi un ou deux autres projets communs très originaux (voire même amusant pour l'un d'eux) dont le THT reparlera le moment venu.
Nous abordons ensuite la question de la piraterie des films. C'était intéressant en effet, me semblait-t-il, d'avoir le sentiment d'un auteur sur cette question. Virginie est très respectueuse des droits concernant son films même si, s'agissant de sa première oeuvre, elle voudrait évidemment qu'il soit vu et diffusé le plus largement possible par tous les moyens, mais elle a d'une part des engagement vis-à-vis de son collège, et d'autre part aussi la vision du producteur pour qui la piraterie se traduit en terme de manque à gagner.

Tournage de E ARIOI VAHINE
(photo Marie-Hélène Villierme)

Elle me fait rire quand elle dit que c'est finalement assez flatteur pour un réalisateur d'être piraté !
Quant à Tea, la présentatrice de CINE NUI incite évidemment les gens à voir les films en salle, même si elle peut comprendre ce phénomène qui permet aux jeunes de se passer des films et les voir gratuitement.
Je n'ai pas pu m'empêcher de demander aux filles leurs goûts en matière de films et de réalisateurs...
Tea me confie qu'elle est passionnée par la manière dont se fabriquent les films, tous les aspects techniques de la réalisation. Elle cite un nom parmi ses idoles : Woody Allen...
Virginie aligne très vite plusieurs grands noms : Lars Von Trier (et elle a hâte de découvrir son dernier film Antichrist, qui a valu le prix d'interprétation féminine à Charlotte Gainsbourg au dernier festival de Cannes), David Lynch, Jane Campion, ou Michael Gondry en citant son extraordinaire ETERNAL SUNSHINE OF A SPOTLESS MIND qui est, c'est vrai, un film majeur d'une originalité folle. Bref, elle aime les films "qui font réfléchir".
Enfin, nous revenons à leur actualité immédiate avec donc la présentation de E ARIOI VAHINE au festival international du film de court-métrage de Palm Springs. La jeune réalisatrice m'explique qu'elle a envoyé son dossier dans un nombre important de festivals agréés par son College, qu'elle a d'abord essuyé plusieurs refus, puis, quand elle a appris que son film était pris pour Palm Springs, elle a immédiatement réveillé ses copines co-productrices associées en pleine nuit pour leur annoncer l'incroyable nouvelle : E ARIOI VAHINE était retenu dans une sélection de 3.000 films !
Elles ont trouvé le financement pour éditer des cartes de visite, des DVD et des dossiers qu'elles distribueront sur place, dans 3 semaines, afin d'être repérées, de se faire connaître et de communiquer avec les professionnels qu'elles vont croiser pendant quelques jours.
Le modeste budget pour leur séjour n'est en revanche pas encore bouclé, et vous pouvez toujours faire un geste, même modeste, en envoyant une petite contribution comme je l'ai déjà expliqué ici.
Virginie remercie d'ailleurs AIR TAHITI NUI pour son aide concernant l'un des trois billets.
Elles ont même poussé la gentillesse jusqu'à accepter de faire partager leur aventure sur place en quasi direct et en exclusivité avec les lecteurs du Tahiti Herald Tribune, puisqu'elles m'enverront par mail ou sms des petites news brèves éventuellement agrémentées d'une photo pour nous faire vivre à distance leur parcours festivalier et leur rêve...
Merci les filles pour cela, merci pour votre accueil et votre disponibilité, je crois terriblement en vous, vous êtes des passionnées talentueuses et dynamiques et la preuve qu'il faut toujours croire en ses rêves.

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2 commentaires:

Ariirau a dit…

Merci, mauru'uru Lolo pour cet article.

J'ai hâte que la diffusion "E Arioi Vahine" soit publique.

Que Virginie & Tea poursuivent dans le 7ème art, que leurs ambitions ne s'arrêtent jamais à des problèmes de financement, comme c'est souvent le cas pour les cinéastes locaux.

biz

Ariirau

LOLO, Tahiti Herald Tribune a dit…

>> ARIIRAU >> Merci à toi. En tout cas, à mon modeste niveau, je les soutiendrai toujours et je peux te dire que leurs projets à venir sont aussi excitants qu'originaux...